porte l'eau, porte la vie

Publié le par le soldat en chocolat




« La moitié de notre existence est taillée dans la même obsidienne sombre et précieuse : le séjour intra-utérin, les nuits quotidiennes et la mort.
Quiconque prétend ne pas se souvenir d'avant sa naissance m'a toujours paru mentir.
Chaque matin en repoussant mes draps et ma couverture, en choisissant bon gré mal gré de recommencer, n'ai-je pas le pouvoir de vivre ma première trouée vers la lumière ? La matrice d'ombre qui, la nuit, me reprend pour me lâcher à l'aube me restitue celle d'autrefois où je passai neuf mois de ma vie.
Pour l'explorateur du sommeil, le funambule des rêves, l'artiste de la semi-conscience qui se balance mollement hors du corps comme l'araignée au bout de son fil, la nuit est caverne d'Ali Baba aux inépuisables merveilles. Ayant en lui réconcilié le jour et la nuit, la vie et la mort, il retrouve accès au ventre qui lui donna forme et où il vient chaque jour s'abandonner et renaître.
Celui que le sommeil tantôt fuit, tantôt plombe comme cercueil, ne connaît de la grotte que les monstres menaçants qui en gardent l'entrée. L'envers du monde se refuse à lui. S'étant cru forcé de choisir entre le jour et la nuit, la vie et la mort, il voue son existence à l'agitation et ne sera né qu'une fois. »
Christiane SINGER



Ces mots ne m'étaient pas destinés, je les ai pourtant lus avec attention.
Quelque part, une intuition les retenaient.
Non.
Elle les soulignait, les surlignait...

Ils avaient peut-être une importance.
Pour "moi", j'entends.


Pour Aprile, en fait.
Pour moi Maman d'Aprile plus précisément.
Car ces gémissement à n'en plus finir le soir.... Ils m'interpelaient...
Mes antennes les pointaient...
Pour mes oreilles de maman, pour mon coeur de mère, ils dissonnaient...
Je ne pouvais m'empècher de revenir inlassablement dessus: la façon dont ma fille s'endormait manquait de justesse.
Elle commençait par sourire et rire quand, voyant les premiers signes de sommeil je lui proposais d'aller dormir, trépignant d'impatience devant le plaisir anticipé du couché pendant que je la changeais, se jetant lithéralement sur mon sein, le sourire jusqu'aux oreilles, pour ensuite vriller, gémir, et lutter lorsque l'apaisement et le sommeil auraient pu commencer à l'embrasser....


 

 


Et puis...
D'autres mots sont venus éclairer la scène.



Bien sûr j'ai commencé par les balayer d'un revers de manche, mais comme je les porte trois-quart (les manches) il faut croire que ça n'a pas suffi pour que leur trace m'abandonne.

Ces mots me parlaient d'un certain 10/01/2006.
Au mois de novembre (2005) nous avions réalisé que nous étions aussi prèt que possible à accueillir à nouveau un bébé.
De fait, en décembre, tout nous à laissé croire que ce serait chose faite pour septembre (si j'accouchais à terme).





....Jusqu'au dix janvier...



Il se trouve qu'entre ma fille et moi il existe un autre dix janvier.
2007, celui-là.


Son terme.


Elle était officiellement attendue pour le 10/01/2007.

Je ne lui avais jamais parlé de cet autre bébé entre elle et son frère et si proche d'elle.
Alors un soir, alors qu'elle gémissait et moënnait depuis une heure et demi, je me suis lancée, incertaine.

Je lui ai parlé de ce qui m'avait lié si fort et si vite à ce bébé.
De ce temps de repli et de deuil dont j'avais pleinement profité avant de me sentir prète à nouveau.
Prète vraiment.
Pour elle.

Je lui ai parlé de sa légitimité à elle.
Je l'ai assuré qu'elle n'avait rien pris à personne, même pas à ce bébé (auquel Hervé ne crois pas ou peu).
Je lui ai assuré que la place qu'elle a est sienne, irrévocablement.




Le plus dur, c'était de continuer à parler.
Je me jugeais assez sévèrement, accusant mon discour de délire mystique...


Mais dès les premiers mots, Aprile s'était tue et, très tranquillement, elle m'écoutait, se laissant sereinement happer par le sommeil.

Le miracle s'est reproduit plusieurs fois et semble aujourd'hui avoir des effets durables...





Alors coïncidence?
Ou conséquence?
Peu m'importe...
J'en profite!






 

Publié dans en chemin

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Isabelle ! 18/03/2008 20:50

;-)

Isabelle ! 07/03/2008 03:35

[Je réserve le fin mot de l'histoire pour le creux de ton oreille…]C'est le terme de "base" qui m'a fait "tilter", of course !Pas besoin de savoir pour me douter, va   ;-)

le soldat en chocolat 07/03/2008 12:59

[ok]J'avais supposé.Et je ne peux pas affirmer que l'hapto soit étrangère à l'utilisation de ce terme pour moi...(^_^)

Algrid 03/03/2008 14:57

Terrible... tu ne peux même pas t'imaginer combien ces mots me parlent, résonnent avec mon propre vécu, notre propre vécu. Il n'y a plus qu'à trouver les mots... Merci (encore !)

le soldat en chocolat 04/03/2008 09:15

(^_^)Tu sais....C'est en partie pour toi que je me suis poussée à les coucher sur papier, ces mots...Je ne sais pas bien pourquoi, d'ailleurs....L'accueil que tu as fait au premier billet de ce triptyque m'a touché... et j'imagine qaue j'ai eu envie de partager avec toi et vous ce morceau de notre vie....Bises...Je pense souvent à toi....

Isabelle ! 03/03/2008 02:55

[Agnès… euuhhh… t'es vraiment in-cor-ri-gi-ble, toi, hein ?!   :-p   ]Petit clin d'œil haptonomique ?   ;-)Avec toi et avec vous, je me réjouis vraiment…

le soldat en chocolat 04/03/2008 09:09

[peut-être...mais pas incorrigeable!]Pas volontaire en tous cas, mais après tout, pourquoi pas?Moi aussi, si tu savais....

Isabelle ! 02/03/2008 04:06

Je la connais bien, cette (énervante) superstition !Puisque tu me les as "annoncés" il y a quelque temps déjà, je suis de surcroît témoin du temps qu'il t'a fallu pour les poser ici, ces mots…Comment se porte le "charme" depuis?

le soldat en chocolat 02/03/2008 14:03

Il m'a fallu un mois tout rond, puisque ces mots de C. Singer, ils ont été retranscrits pour une autre que moi le premier février....Comment il se porte?comme un... charme!(of course!)Je la vois se détendre et se laisser porter par la vague un peu plus chaque jour, comme si quelque chose de fondameltal s'était joué au niveau de sa sécurité... de base.;-)